Au moins 150 kilos de viande avariée ont été vendus dans les boucheries de France.

Viande avariée : Les boucheries concernées par ce nouveau scandale sanitaire « ont mis en place des affichettes pour informer leurs clients ».

Au moins de 150 kg de viande bovine avariée ont été vendus aux consommateurs français. Dans un communiqué publié vendredi soir sur son site internet, le ministère de l’Agriculture assure que sur les 795 kg de viande de bœuf frauduleuse provenant d’un abattoir en Pologne vendus en France, 500 kg ont été d’emblée détruits après l’alerte émise par la Commission européenne et 150 kilos ont été vendus dans les boucheries de France. Les services du ministère recherchent encore 145 kg de viande, concernés par cette alerte.

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Les services du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation ont identifié jeudi les neuf entreprises de négoce qui ont reçu en première intention cette viande frauduleuse. Et les investigations, conduites par les directions départementales en charge de la protection des populations, ont permis de constater que les 150 kg ont été vendus au consommateur via, notamment, des boucheries.

Aucune viande frauduleuse dans les circuits de la grande distribution
« Ces boucheries ont mis en place dès cet après-midi des affichettes pour informer leurs clients. Ces rappels sont justifiés par la fraude et le non-respect de la réglementation », souligne le ministère de l’Agriculture dans son communiqué, affirmant qu’aucune viande frauduleuse n’a été, à ce stade, retrouvée dans les circuits de la grande distribution.

Pour rappel, la Commission européenne a alerté mercredi 13 pays européens de la présence de viande issue d’animaux illégalement abattus dans un abattoir en Pologne. Sur les 2,7 tonnes exportées par la Pologne, 795 kg de viande ont été vendus en France.

L’affaire a été révélée par une enquête d’un journaliste en Pologne, de la chaîne commerciale TVN24, qui a passé trois semaines dans l’abattoir de Kalinowo. Le journaliste a publié des images de bovins traînés la corde au cou, manifestement malades, serrés dans un camion, puis de carcasses entassées et de quartiers de viande visiblement impropres à la commercialisation.

Viande avariée polonaise: Cinq questions pour comprendre ce nouveau scandale alimentaire

Vous reprendrez bien un peu de gigot à l’asticot ? Le scandale de la viande avariée polonaise remue ce vendredi la France. En effet, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a annoncé ce vendredi matin chez nos confrères de CNews qu’environ 800 kilos de cette viande avariée ont été retrouvés dans neuf entreprises en France. Comment est-ce possible, six ans après le scandale de la viande de cheval ? 20 Minutes fait le point en cinq questions.

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Comment le scandale a-t-il éclaté ?

Petit retour sur l’origine de l’affaire. C’est un journaliste polonais qui a fait éclater au grand jour ce scandale de viande avariée. En effet, un journaliste de la chaîne TVN24 a réalisé une enquête en caméra cachée pendant trois semaines dans un abattoir de Kalinowo. Il a diffusé des images de bovins traînés la corde au cou, manifestement malades, serrés dans un camion, puis de carcasses entassées et de quartiers de viande visiblement impropres à la consommation. Et pourtant, presque trois tonnes de cette viande ont été exportées dans dix pays européens, dont la France. L’abattoir concerné a été fermé et une enquête a été ouverte sur son propriétaire. Le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, a annoncé qu’une équipe d’inspecteurs se rendrait sur place lundi prochain. Mais le scandale pourrait ne pas s’arrêter là. Le ministre polonais de l’Agriculture, Jan Krzysztof Ardanowski, a déclaré avoir ordonné un contrôle sanitaire dans l’ensemble des abattoirs du pays.

Cette viande peut-elle se retrouver dans notre assiette ?

Gros mystère pour l’instant. Sur les 800 kilos arrivés en France « plus de 500 kilos » avaient été retrouvés à la mi-journée par les services sanitaires du ministère et détruits, a précisé la Direction générale de l’alimentation (DGAL) sur le site du ministère. Pour le reste, « on ne sait pas s’ils sont partis dans le commerce, cela a pu rester dans des frigos », a dit le ministre, interrogé ce vendredi matin sur CNews, estimant que les entreprises françaises avaient été « dupées ». Des enquêtes sont menées par les directions départementales en charge de la protection des populations (DDPP) dans les neuf établissements ciblés, qui « pour la plupart n’exercent qu’une activité de négoce sans manipulation des viandes » selon le ministère.

viande avariée

Vendredi soir, le ministère a annoncé que quelque 150 kilos de viande issus d’animaux abattus frauduleusement en Pologne, sur les 795 kg écoulés en France, « ont été vendus aux consommateurs via notamment des boucheries ».

Que risque-t-on avec de la viande avariée ?

« Aujourd’hui, le risque est double, souligne Jean-Michel Cohen, nutritionniste qui sort jeudi prochain un ouvrage Mieux manger pour les nuls (First). D’abord, d’attraper la salmonellose, une infection bactérienne qui se manifeste par des diarrhées importantes, de la fièvre et une déshydratation. Si vous remarquez ces symptômes dans les 48 heures après avoir consommé de la viande, il faut consulter tout de suite. La salmonellose, c’est dangereux chez les jeunes enfants et les bébés. Le problème, c’est qu’il sera difficile d’être sûr que c’est lié à la viande, car ces pathologies vont se mélanger avec l‘épidémie actuelle de gastro-entérite. Deuxième risque : la listériose, qui se traduit par une grosse fatigue mais plus rarement des saignements. » Et qui peut être dangereuse pour les femmes enceintes. Enfin, la troisième maladie que la consommation de viande avariée peut provoquer, c’est le ténia, ou vers solitaire, que l’on repère si vos selles présentent des anneaux.

Pour s’éviter ce genre de désagrément, le nutritionniste rappelle quelques réflexes de bon sens : bien cuire la viande, « oubliez le tartare et le saignant, mais aussi vérifier avant la cuisson l’aspect de la viande. Si elle est un peu bleue ou même d’une autre couleur que le rouge, et si elle sent mauvais, direction la poubelle ».

Comment un tel scandale a-t-il pu éclater après l’affaire Spanghero ?
« Quand vous vendez de la viande de cheval à la place de la viande de bœuf, c’était une arnaque, s’agace Jean-Michel Cohen, nutritionniste. Mais là vous menacez la santé des gens, c’est beaucoup plus grave ! » Et pourtant, il y a eu des améliorations côté sécurité alimentaire. « La loi Hamon a renforcé les sanctions, ce qui peut avoir un impact dissuasif », souligne Ingrid Kragl, directrice de l’information de l’ONG Foodwatch. Deuxième changement : un réseau européen pour partager les informations s’est mis en place. Ce dernier a d’ailleurs peut-être permis que ce scandale soit dévoilé plus rapidement. « Malheureusement c’est insuffisant, déplore Ingrid Kragl. Ce genre de scandales se répète, ce qui montre que même si la réglementation est forte, il y a un souci dans la mise en œuvre de la traçabilité, sinon on aurait identifié ce problème. Normalement, on n’aurait pas pu pas commercialiser de la viande avariée, si chaque acteur avait fait son job. »

Comment renforcer la sécurité alimentaire ?

Si cette nouvelle histoire ne viendra pas forcément révolutionner notre sécurité alimentaire, elle dévoile au grand jour en tout cas les progrès nécessaires à faire… Si ce journaliste polonais n’avait pas fait son enquête, les autorités sanitaires européennes n’auraient peut-être jamais eu vent de ce problème… Le ministère français a d’ailleurs indiqué avoir eu connaissance de l’information « par la presse », puis avoir été informé via le Réseau d’Alerte Européen (RASFF) que neuf entreprises étaient destinataires de lots de viandes incriminés. Une preuve de plus que le système de sécurité alimentaire européen n’est pas tellement au point. « La prévention, prévue par la réglementation européenne, n’est pas effective : on se rend compte a posteriori qu’on a mangé de la viande avariée ou de la salmonelle dans le lait, déplore la directrice de l’information de Foodwatch. On a eu un cas similaire au printemps dernier, avec une enquête du Monde sur les OGM interdits en France. Il faut que les médias braquent les projecteurs pour rappeler leur responsabilité aux acteurs économiques comme aux autorités. »

Mais l’ONG pointe également deux grandes inquiétudes. Une exigence de transparence tout d’abord, pour savoir « quels sont les fabricants, les marques qui ont commercialisé cette viande ? Quels contrôles avaient été effectués ? Quelles failles ? Quelles mesures sont prises ? », interroge Karine Jacquemart, directrice générale de Foodwatch dans un communiqué. Deuxième problème, le manque de moyens pour les contrôles : en effet, l’ONG soulignait dans un communiqué qu’en France, le nombre d’inspections sur la sécurité sanitaire des aliments était passé de 86.239 en 2012 à 54.000 en 2017, soit 37 % de contrôles en moins. « Plus ça va, plus on licencie, on peut se demander si les pouvoirs publics se donnent les moyens d’assurer notre sécurité sanitaire, interroge Ingrid Kragl. Tristement, on est dans le même constat qu’il y a six ans, si cette situation est possible, c’est un problème de système. »