Pourquoi les femmes se sont-elles tant mobilisées dans le mouvement “Gilet jaune”.

Les femmes sont nombreuses à avoir enfilé un «gilet jaune» pour protester contre la baisse du pouvoir d’achat, a lire, c’est intéressant.

La nuit tombe sur les Champs-Elysées. Assises sur une borne en béton, Naïma et Sabrina discutent. La première parle de sa vie à Vitry, de ses trois enfants qu’elle et son mari, boulanger, ne peuvent pas emmener en vacances, des personnes âgées dont elle s’occupe comme aide à domicile et « qui parfois n’ont pas de quoi faire trois repas par jour ». La deuxième embraie sur son boulot à Garges-lès-Gonesse, ses difficultés à payer les taxes, les courses, les factures… On dirait qu’elles sont copines mais elles se sont rencontrées le jour même, à la deuxième mobilisation des « gilets jaunes », samedi 24 novembre.

On avait croisé beaucoup de femmes dans ces cortèges épars à Paris – plus que dans des manifestations « classiques », nous semblait-il. Il y en avait aussi beaucoup sur les ronds-points et aux péages occupés par des citoyens en gilets fluo dans tout le pays. Elles sont nombreuses à poursuivre le mouvement, malgré les annonces du gouvernement, dont certaines n’auront pas d’effets pour les femmes précaires, de plus en plus nombreuses selon une étude d’Oxfam parue lundi.

En première ligne sur le coût de la vie

« Les femmes, c’est un peu la population silencieuse, mais là on parle », souffle Pascale, « gilet jaune » montpelliéraine. « Un jour, on n’était que des femmes », raconte-t-elle au sujet de « son » rond-point. Elle y croise une « mamie de 86 ans, qui s’est aperçue grâce au mouvement que prendre un seul repas par jour sans rien dire, c’est pas normal », des « mères dont les enfants n’ont qu’un repas par jour, à la cantine »… «La hausse de la taxe sur le carburant, ça a libéré la parole ». Et fait sortir les femmes dans la rue, à tel point que la sexagénaire a créé un groupe Facebook « pour s’arranger avec les gardes d’enfants quand on est mobilisées, pour s’entraider ».

gilet

En discutant avec Pascale, un premier facteur de mobilisation apparaît immédiatement. « Tous les jours, on est confronté aux problèmes, aux courses, c’est nous qui faisons la cuisine, qui gérons le budget, on est toujours en train de jongler, sans jamais se plaindre ». D’où leur implication dans un mouvement qui dénonce la baisse du pouvoir d’achat. Les femmes sont plus touchées par la pauvreté que les hommes, selon l’Insee. Ce sont aussi majoritairement les femmes qui, « dans les familles à faibles revenus, s’occupent de la déclaration d’impôt, ou plutôt de la feuille de non-imposition », a observé Alexis Spire, directeur de recherche CNRS, lors d’une enquête récente.

Plus touchées par la précarité économique

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