Claude François : la vérité sur sa mort fait enfin taire la rumeur.

Michel Pleiber

Un livre sorti mercredi s’attache à décrypter le dernier jour de Claude François. Ce n’est pas une révélation qui remet forcément en cause la nature de l’accident, mais qui apporte des détails qui n’étaient pas connus du grand public.

Et si l’artiste Claude François s’est bien électrocuté dans sa baignoire ce jour du 11 mars 1978, il n’y est pas mort et était même conscient quand les pompiers sont arrivés à son domicile.

bain

Un livre sorti mercredi 15 annonce que le chanteur Claude François n’est pas mort stricto sensu dans sa baignoire comme le veut la croyance répandue. Si elle s’est bien électrocutée, la star française a réussi à être sortie de sa salle de bains et a même parlé, notamment face aux pompiers venus le secourir, avant de perdre la vie.

Fabien Lecoeuvre rétablit en effet la vérité précise dans l’ouvrage Claude François, 14.284 jours aux éditions Flammarion (source). L’auteur, spécialiste des artistes français de la chanson, rappelle ce qui s’est passé précisément ce 11 mars 1978 dans l’appartement du 16e arrondissement où résidait la star.

cloclo

Ce jour-là, Claude François est effectivement dans sa baignoire en train de prendre une douche. Et oui, il a bel et bien cherché à redresser une applique électrique murale mal fixée. Un court-circuit va alors créer un courant mortel qui va lui bloquer les doigts en les maintenant à la prise. Mais ce n’est que le début du drame.

Voyant qu’il ne parvient pas à extraire ses doigts du piège fatal, Claude François va alors appeler désespérément sa compagne Kathalyn Jones et son attachée de presse présents dans son appartement. “Il essaie alors de détacher son index et son majeur en s’aidant de sa main gauche. Impossible.

livre

Un cri déchirant, puis deux mots: +Help me!+ suivis d’un bruit sourd” explique l’ouvrage. Le duo va réussir à extraire dans un premier temps l’artiste de la baignoire. Les deux femmes l’installent sur une chaise et appellent les pompiers. A leur arrivée, Claude François est toujours vivant.

Devant les pompiers, le chanteur va même sembler reprendre conscience. Les yeux embués de larmes, il essaiera de s’exprimer mais ses mots s’avèrent incompréhensibles. “Ses pupilles (…) restent fixes et dilatées… Le chanteur vient de reperdre connaissance. Le sergent entame alors un bouche-à-bouche et un massage cardiaque”.

embolie pulmonaire

Mais rien n’y fera, l’électrocution a provoqué une embolie pulmonaire fatale. Il est 14h45, Claude François est mort. Son décès sera annoncé par un flash spécial à la radio à 16h. Il devait le soir même se rendre à l’enregistrement d’une émission présentée par son ami Michel Drucker et qui lui était consacrée.

L’inspecteur Michel Pleiber avait été appelé au domicile de Cloclo le 11 mars 1978 juste après le décès du chanteur.

Si d’aucuns avaient encore des doutes sur les circonstances de la mort de Claude François, voilà un témoignage qui dément les rumeurs farfelues, voire scabreuses (usage d’un vibromasseur…) : le 11 mars 1978, le chanteur est bien mort électrocuté en ayant tenté de redresser une lampe alors qu’il prenait un bain.

Parole d’un flic qui s’est rendu sur place aussitôt après le décès de Cloclo et que nous avons retrouvé en Bretagne, où il s’est retiré. « On a constaté un hématome quasi rectiligne sur l’épaule droite, qui indiquait très clairement une chute », précise Michel Pleiber, inspecteur à la retraite qui travaillait alors au service de l’identité judiciaire (IJ), l’équivalent de la police scientifique d’aujourd’hui.

Claude François

« Cette chute lui a fait violemment heurter le rebord de la baignoire. Pour moi, il n’y a pas de doute possible : il s’était mis debout pour redresser l’applique. Il y avait plein d’eau autour de la baignoire. Et l’applique était décollée du mur et pendait. Il a glissé sa main derrière l’applique et a touché les fils électriques. Il est bien mort par électrocution comme l’ont confirmé le médecin légiste et l’inspecteur de permanence du commissariat de quartier. »

«Les secours venaient tout juste de partir»

Michel Pleiber, 27 ans au moment des faits, était notamment chargé, pour le Quai des Orfèvres, d’analyser empreintes digitales et traces capillaires. Ce jour-là, c’est par hasard qu’il s’est retrouvé chez Claude François. Le jeune inspecteur venait de terminer un constat sur un hold-up, vers la place des Ternes, dans le VIIIe arrondissement.

« On avait tout juste repris la voiture pour partir sur une autre affaire en banlieue quand on a entendu sur notre radio un ordre de l’état-major qui demandait au commissariat de proximité d’intervenir boulevard Exelmans pour une enquête décès chez un monsieur François Claude. On s’est aussitôt posé la question, avec mon binôme. Était-ce le chanteur ? »

Les deux policiers se précipitent dans le XVIe. « En moins de dix minutes, on était sur les lieux. Il n’y avait encore quasiment personne. Les services de secours venaient tout juste de partir. » Les deux inspecteurs montent dans le duplex « chic » de Claude François.

Une photo du corps de Claude François

« J’ai le souvenir d’un grand appartement sur deux niveaux. L’intérieur était assez sobre, se rappelle Michel. Nous avons monté un premier escalier qui menait au hall, puis traversé un grand salon séjour. Quelques femmes, que j’ai supposé être les Clodettes, étaient sur le canapé en train de pleurer à chaudes larmes. Un peu plus loin, près de la salle de bains, le corps de Claude François avait été étendu, dans sa chambre -qui paraissait terriblement étroite- sur son lit. »

Son collègue prendra les derniers clichés, macabres, mais nécessaires, de l’idole. « J’ai conservé l’un d’eux, révèle Michel. En quittant Paris pour Brest, quelques années plus tard, j’avais toujours dans mes valises quelques éléments de vieux dossiers classés… »

Michel Pleiber

Sur cette photo glaçante, prise de face, que nous avons vue, apparaît le corps de Claude François recouvert jusqu’au buste d’un drap blanc. Dans sa bouche, un petit mouchoir, qu’« ont vraisemblablement dû lui apposer les secours lors des tentatives de réanimation », précise l’ex policier.

«On entend tellement de conneries sur ce dossier»

Aujourd’hui âgé de 67 ans, à la retraite depuis quelques années, Michel est revenu vivre là où il avait grandi, à Saint-Pol-de-Léon, près de Morlaix (Finistère). Une petite commune où il officie désormais comme correspondant de presse pour « Le Télégramme ». L’homme n’avait d’ailleurs jusqu’à présent témoigné que dans le journal local breton.

Sa photo inédite, sans doute la dernière de Claude François, ultime témoignage d’un jour tragique, il la garde précieusement, parmi d’autres vestiges de son passé liés à d’autres mémorables affaires comme celles de Mesrine ou du Baron d’Empain.

« Je ne cherche évidemment pas à la revendre, précise-t-il. Je respecte la famille. En revanche, on entend tellement de conneries sur ce dossier qu’elle me permet toujours d’appuyer le constat que nous avons fait ce jour-là. Cette mort était bien accidentelle. Je n’ai aucun doute là-dessus ».